Chernobyl

Chernobyl est la série du moment. HBO a l’habitude de nous délivrer des shows exceptionnels comme Game Of Thrones, Deadwood, Les Sopranos, Westworld, etc. Cette fois-ci, la chaîne américaine nous propose une mini série sur la catastrophe survenue le 26 avril 1986, lorsqu’un réacteur de la centrale nucléaire soviétique explosa, laissant échapper un nuage radioactif qui contamina une grande partie de l’Europe. Et si après 5 heures de shoots d’adrénaline, vous en redemandez encore, alors entamez la lecture de La supplication de Svetlana Alexievitch, vous finirez ainsi en PLS sur votre divan…

Une giboulée de phalanges dans ton théâtre

Chernobyl

Profs d’Histoire et profs de Physique de tous collèges et lycées, d’ici et d’ailleurs, vous pouvez tous vous rhabiller. Prenez place, lancez les 5 épisodes et encaissez les leçons. La mini-série Chernobyl relate les faits, et suit les protagonistes qui ont joué un rôle majeur aussi bien ceux qui ont provoqué cette catastrophe, que les héros qui ont sauvé le reste de l’Europe. Aussi elle aborde évidement toutes les questions scientifiques autour de cet accident. Notamment à travers le personnage fictif d’Ulana Khomyuk interprétée par Emily Watson, et bien entendu le physicien Valeri Legassof qui a conduit la commission enquêtant sur les causes de la catastrophe. Il a également joué un rôle essentiel sur la gestion de cette crise unique dans l’Histoire de l’humanité. Enfin, Chernobyl offre un sublime bouquet final, une performance remarquable de Jared Harris. Ce dernier explique avec brio le fonctionnement d’une centrale nucléaire, durant le procès où furent condamnés le directeur de la centrale de Tchernobyl, son adjoint et l’ingénieur responsable du réacteur n°4.

Blin, où sont passés les russes ?

Chernobyl

Vous dire que je n’ai pas aimé Chernobyl serait mentir. Toutefois j’ai eu une sensation d’incomplétude. Il m’a manqué l’âme russe. Certes, les acteurs ont une ressemblance avec les véritables protagonistes. Et ils ont tourné la série dans une centrale surnommée « la petite sœur de Tchernobyl ». Deux ingrédients qui ajoutent à la sauce une pincée d’authenticité. Cela étant dit, la série est tournée par et avec des américains, n’y voyez rien de péjoratif dans cette remarque, mais ils n’ont clairement pas l’attitude, ni les expressions des slaves. Pour une passionnée comme je le suis de ce peuple, j’ai trouvé que cela sonnait un tantinet faux. J’aurais aimé que la série Chernobyl soit tournée avec des russes dans leur langue natale. Ainsi elle aurait eu encore plus de saveur à mon goût.

Dans ces occasions, le Russe peut montrer à quel point il est grand. Il est même unique ! Nous ne deviendrons jamais des Hollandais ou des Allemands. Nous n’aurons jamais d’asphalte correct ou des gazons soignés. Mais nous aurons toujours des héros !

La supplication, p. 82

Puis vint le jour de La supplication

Ensuite, j’ai découvert un petit livre de poche intitulé La supplication de l’auteure biélorusse Svetlana Alexievitch. Et là, c’est l’apothéose ! Ce bouquin m’a procuré tout ce dont j’espérais obtenir de la série, non pas une suite de faits relatés mais de l’émotion. Pas du sensationnel attention ! Mais plutôt la véritable âme russe qui concentre un subtil mélange que l’on ne trouve dans aucune autre culture. Un mariage entre la mort et la vie, la nature et la désertitude, l’amour et la violence, la spiritualité et le pragmatisme, la fatalité et la volonté… polarisé en un seul esprit : la mentalité slave.

Chernobyl

Un tord-boyaux intellectuel

Le mal, au fond, n’est pas une chose en soi, mais la privation du bien, de même que les ténèbres ne sont que l’absence de lumière…

La supplication, p.72

La supplication raconte la petite histoire de Tchernobyl. Le livre nous montre à travers les témoignages quel enfer ont vécu les habitants des environs de la centre nucléaire. Soldats, grand-mères, femme de pompier, professeurs, chasseurs devenus liquidateurs, caméraman, étrangers ou russes. Le quotidien de ces inconnus s’est rétrécit à un spectre assez glauque : tombes, pillages, maladies, violence, isolement – le reste du monde les ont traités comme des pestiférés ou des bêtes de foire – et évidement ce fléau invisible qu’est la radioactivité.

Chernobyl

Ce livre m’a complétement bouleversé. Je suis passée par tout un tas d’émotions : tristesse, écœurement, pitié, compassion. Bien que je ne sois pas une petite nature, j’avoue que j’ai dû stopper la lecture à plusieurs reprises, car certains passages étaient émotionnellement très difficiles. Donc pas étonnant qu’en 2015, on ait décerné à ce livre le prix Nobel de la littérature ! Il le mérite incontestablement, mais surtout il devrait intégrer les programmes scolaires.

J’écris que l’on presse l’urine toutes les demi-heures, avec les mains, que l’urine passe à travers des trous minuscules dans la région du vagin. Si on ne le fait pas, son rein cessera de fonctionner. Est-ce qu’il y a un enfant dans le monde à qui l’on doit presser les urines toutes les demi-heures ?

La supplication, p91

J’aimerais terminer en vous donnant deux conseils. Le premier : regardez la série, ensuite dévorez le bouquin. Et le second, ne lisez pas ce livre au petit déjeuner, j’ai bien faillit rendre mon café !

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